Votre employeur n’a pas mis à jour le document unique d’évaluation des risques professionnels depuis plusieurs années. Un inspecteur du travail passe, constate le manquement, et tout bascule. Ce type de situation illustre parfaitement ce qu’est une contravention de 5e classe, la plus lourde des contraventions en droit français. Mais depuis peu, cette même faute peut aussi déclencher une sanction administrative distincte, parfois plus coûteuse.
DUERP absent : un scénario concret de contravention de 5e classe
Le DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels) est obligatoire pour toute entreprise dès le premier salarié. Ne pas l’établir ou ne pas le mettre à jour constitue une infraction prévue par le Code du travail.
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Avant la réforme de 2026, ce manquement relevait d’une contravention de 5e classe au sens pénal. Le dirigeant risquait une amende pouvant atteindre 1 500 euros pour une personne physique et 7 500 euros pour une personne morale. En cas de récidive, ces montants doublaient.
Concrètement, voici comment les choses se déroulaient :
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- L’inspecteur du travail constate l’absence ou l’obsolescence du DUERP lors d’un contrôle sur site.
- Il dresse un procès-verbal transmis au procureur de la République, qui décide ou non d’engager des poursuites.
- Si le tribunal de police est saisi, le juge prononce l’amende et éventuellement des peines complémentaires.
Ce cheminement pénal pouvait prendre plusieurs mois, parfois plus d’un an, entre le constat et le jugement. Pendant ce temps, l’entreprise continuait parfois sans DUERP.

Loi du 11 mai 2026 : quand la sanction administrative remplace le tribunal
La loi du 11 mai 2026 a changé la donne pour le DUERP. Désormais, l’Inspection du travail (via la DREETS) peut infliger directement une amende administrative pouvant atteindre 4 000 euros par salarié concerné. En cas de récidive dans les deux ans, ce montant double.
Vous dirigez une entreprise de 12 personnes et le DUERP n’existe pas ? Le calcul est rapide : la sanction administrative peut largement dépasser le plafond de 1 500 euros de l’ancienne contravention pénale.
Pénal ou administratif, pas les deux en même temps
Un point à retenir : l’administration doit choisir entre la voie pénale et la voie administrative. Elle ne peut pas cumuler les deux pour la même infraction. Si l’inspecteur transmet un PV au procureur, la DREETS ne peut pas infliger en parallèle une amende administrative, et inversement.
Ce mécanisme de non-cumul protège le contrevenant contre une double peine. En pratique, la voie administrative tend à devenir la réponse privilégiée, car elle est plus rapide et ne nécessite pas de passer par un tribunal de police.
Contravention de 5e classe et casier judiciaire : ce qui reste inscrit
Vous avez peut-être lu que seules les infractions graves figurent au casier judiciaire. C’est partiellement vrai. Les contraventions des quatre premières classes n’y apparaissent pas. En revanche, une condamnation pour contravention de 5e classe est inscrite au casier judiciaire.
Pour un dirigeant d’entreprise, cette inscription peut avoir des répercussions concrètes. Lors de la création d’une société, il faut fournir une déclaration de non-condamnation. Une mention au bulletin n°3 du casier peut compliquer certaines démarches administratives ou l’accès à des marchés publics.
La sanction administrative, elle, n’entraîne aucune inscription au casier. C’est une différence de taille entre les deux voies, et un argument de plus pour comprendre pourquoi l’administration s’oriente vers le régime administratif quand la loi le permet.
Contravention de 5e classe : amende, procédure et contestation
Contrairement aux contraventions des classes inférieures, la 5e classe ne fonctionne pas avec une amende forfaitaire. Pas de timbre-amende ni de paiement immédiat. Le montant est fixé par le juge du tribunal de police, dans la limite du plafond légal.
Procédure devant le tribunal de police
Deux chemins possibles une fois le procureur saisi :
- L’ordonnance pénale (jugement simplifié) : le juge statue sur dossier, sans audience contradictoire. Le contrevenant reçoit la décision par courrier et dispose d’un délai pour faire opposition.
- La procédure classique avec audience : le prévenu est convoqué, peut se défendre ou être représenté par un avocat, et le jugement est rendu après débat.
- Le classement sans suite : le procureur peut décider de ne pas poursuivre, notamment si le manquement a été régularisé rapidement.
Contester une contravention de 5e classe suppose de saisir le tribunal de police, pas l’officier du ministère public comme pour une amende forfaitaire. Ce point est souvent mal compris, car la procédure diffère radicalement de celle d’un excès de vitesse classique.
Peines complémentaires possibles
Au-delà de l’amende, le juge peut prononcer des peines complémentaires : suspension du permis de conduire pour les infractions routières, confiscation du véhicule en cas d’excès de vitesse supérieur ou égal à 50 km/h, ou encore interdiction de conduire certains véhicules.
Pour les infractions non routières (comme le DUERP), les peines complémentaires varient selon le texte d’incrimination : affichage de la décision, interdiction d’exercer une activité, etc.

Pourquoi le passage au régime administratif change la donne pour les entreprises
Le cas du DUERP illustre une tendance plus large du droit français : le transfert de certaines sanctions pénales vers des sanctions administratives. Le régime administratif présente plusieurs caractéristiques qui modifient la gestion du risque en entreprise.
D’abord, la rapidité. Une amende administrative peut être notifiée en quelques semaines après le constat, là où la voie pénale impliquait des mois d’attente. Ensuite, la proportionnalité au nombre de salariés concernés rend la sanction potentiellement bien plus lourde que l’ancien plafond pénal de 1 500 euros.
Enfin, l’absence d’inscription au casier judiciaire ne signifie pas absence de conséquences. L’amende administrative est immédiatement exécutoire et pèse directement sur la trésorerie. Pour une TPE, une sanction multipliée par le nombre de salariés peut mettre en difficulté l’activité.
Le réflexe à adopter reste le même, quelle que soit la voie retenue par l’administration : régulariser le manquement avant le contrôle reste la meilleure protection. Un DUERP à jour, même imparfait, écarte le risque d’une amende qui n’a plus rien de symbolique.

